samedi 12 juillet 2014

Egalisation sur le Mont Fuji

Daphné 1 - Guillaume 1

Après l’ascension réussie de Daphné et de ses copines en septembre dernier (revoir le récit, ICI), je me devais à mon tour de cocher cette case du Fuji-san. C’est fait !
Notez que si l'on dit souvent « Fujiyama » à l’étranger (yama signifie « montagne »), ce n’est pas du tout usité au Japon. C’est Fuji-san, par respect pour LA montagne sacrée.)

Quel plaisir de se remémorer les souvenirs de jeunesse de 2001 et 2003 avec les fidèles compères Fred et Alex, quand nous crapahutions comme des cabris sur les pente du Kilimandjaro ou des sommets Andins. J'ai eu l'occasion de faire un petit "revival" de ces sensations.

Groupe de l'Association des Français du Japon
4 juillet, c'était aussi France-Allemagne, d'où les drapeaux

Le départ de l’expédition était prévu vendredi 4 juillet à 20h. Après avoir gardé un œil sur la météo menaçante jusqu'à la dernière minute, c’est parti pour deux heures de bus du centre de Tokyo. Je retrouve quelques amis au sein d’un groupe de 40 personnes de l’Association des Français du Japon. Le guide nous donne les instruction d’usage, j’en profite pour prendre un peu de sommeil avant l’effort, m’alimenter en « onigiri » (petit sandwich de riz qui sont l’alimentation de base de tous les écoliers japonais), changer les piles de la lampe frontale et m’assurer que le téléphone est chargé (pour la radio sur la montée voir plus tard). Veillée d’arme à la nuit tombante, nous sommes à pied d’œuvre sous une petite fine pluie pour commencer à monter vers 23h.

Nouveauté par rapport à l’ascension de Daphné , le site est maintenant payant (somme symbolique) depuis l’apparition du Fuji sur la liste des « UNESCO World Heritage  Sites »!

C'est écrit dessus !
Coupe du Monde et décalage horaire oblige, je n’avais pas forcément des réserves de sommeil à la pelle. J’ai quand même dormi très correctement la nuit précédente pour ne pas caler la où mon épouse a réussi quelques mois plus tôt ! Imaginez la honte ! Ceci dit, la principale erreur est de prendre ce Mont Fuji de haut. Il est vrai et on le lit partout que l’ascension (par cette voie) ne comporte vraiment aucune difficulté technique. C’est un chemin large de montagne et de roche volcanique jusqu’en haut, avec de très brefs passages ou l’on s’aide un peu des mains, c’est tout. Certaines personnes trop confiantes s’y aventurent pourtant en tenue légère et sans préparation, sans eau ou nourriture…et c’est la désillusion. 

Même en pleine été, il peut faire bien froid et humide en haut. Ce n’est pas l’Himalaya mais le sommet est tout de même à 3776m et quand on vient de la plaine, on le sent tout de suite.  La raréfaction d’oxygène entraine fatigue, maux de tête, perte d’énergie. Si on ajoute le fait qu’il s’agit de faire une nuit blanche à la fin d'une semaine de travail, cela donne quand même un beau petit défi à prendre au sérieux.  

A titre d’indication, à peu près 20% de notre groupe n’a pas pu rejoindre le sommet à temps. Les bouteilles d’oxygène en spray en vente à chaque station ne suffisent parfois pas et le demi tour devient inévitable…

Celui qui gravit le Mont Fuji une fois est un sage, celui qui le fait deux fois est un fou.
-proverbe japonais

Objectif, être en haut à 4h30 du matin pour le lever du soleil. Nous partons de la 5ième station, située à 2300 mètres. C’est donc 1500m de dénivelé positif à gravir en 5 heures. 300 mètres par heure. Les spécialistes voient que c’est un rythme très raisonnable.

Départ de la 5ième station
Une ascension finalement tranquille et rendue particulièrement agréable par l’absence de pluie dès la 6ième station, l’absence de vent, une lune lumineuse, le doux son des pas sur la roche et la sympathie des marcheurs (bien sur majoritairement japonais mais avec 30% d’étrangers, soit 30 fois plus que la moyenne d’étrangers au Japon !). Le chemin jusqu’au sommet est un flot presque ininterrompu de petite lumières frontales qui scintillent dans la nuit. Nous avons vu moins de monde que ce que nous craignions, peut-être grâce aux prévisions météo qui en ont refroidi certains. Il parait que certaines nuits, c’est vraiment à touche-touche avec quasi impossibilité de doubler…Ce n’était pas le cas cette fois là.
Le Fuji-san est la montagne la plus pratiquée au monde pendant sa période d’ouverture de juillet-aout et ça se voit.

Au petit matin, on se rend compte que nous sommes nombreux...
Le ciel s’est un peu couvert au moment du lever du soleil. Quelques photos furtives du soleil orange :




Le doyen de notre groupe, 75 ans, est arrivé en haut après un bel effort, tout comme le Père Loys, notre aumônier des français de Tokyo.
Il était d’autant plus important qu’il arrive en haut que nous avions prévu la célébration d’une petite messe au lever du soleil sur le toit du Japon !
Température et fatigue aidant, nous avons revu nos ambitions à la baisse et nous sommes contentés d’une petite prière dans un décor forcément unique. Un beau moment, qui a fait oublier un peu la courte défaite de la France contre les allemands, écoutée en intégralité à la radio pendant l’ascension entre 1 et 3h du matin… Après cette prière nous étions donc aussi pardonnés des « commentaires peu plaisants » proférés à l’encontre des dits allemands pendant toute la rencontre !





Comme souvent en montagne, la descente a été plus difficile. Pour les genoux et aussi parce qu’au bout d’un moment, on en a marre. Une sévère pluie s’est abattue pendant les deux dernières heures. Le paysage est assez monotone, il est principalement fait de cette roche volcanique rouge ou noire. On dit souvent que Fuji-san est beau de loin mais loin d’être beau. Ce n’est pas faux. Les baraquements, fils, générateurs électriques qui jalonnent le parcours tout le long n’aident en rien l’aspect esthétique.

Chemin balisé jusqu'en haut 
Roche volcanique rouge friable
Des pièces glissées dans les rainures de l'avant dernière porte du chemin
6h00, le temps se couvre,  le débit vers le sommet s'intensifie
Retour au bus à 9 heure du matin suivi d’une récompense bienvenue sur le chemin du retour: un arrêt dans un beau „onsen“, bain traditionnel chaud/froid pour se relaxer les muscles et repartir tout neuf et ravi vers Tokyo.

Le groupe au sommet
Ca y est, me voilà à mon tour «Fuji-sanisé ». Notre japonisation continue !