Un premier post sur le travail s’impose, d’abord parce que l'univers de l'entreprise au Japon est un monde à lui tout seul, et aussi parce que c’est pour/grâce à cela que nous sommes ici pour quelques temps.
L’importance de l’ancienneté dans l’entreprise ne doit jamais être sous estimée. Chacun se présente en mentionnant son année d’entrée dans l’entreprise. Il y a peu/pas de promotion au mérite. Plus on est âgé, plus l’on grimpe les échelons, plus on impose le respect. Au Japon plus qu’ailleurs, la valeur attend le nombre des années.
Le fait que je sois le seul étranger suffisait déjà à me différencier, mais le DRH a cru bon, avant mon arrivée, d’annoncer ma venue en donnant à tous les employées ma date de naissance complète, plutôt qu’en parlant de ce que j’avais fait de ma vie jusqu'à maintenant par exemple. Joli coup de trafalgar. Mon jeune âge relatif a fait jaser.
Bref, je le sais parce qu’on me l’a clairement dit, mon âge ne joue vraiment pas en ma faveur. Heureusement que je suis un homme, j’ai au moins ‘bon’ dans ce domaine. Si l’on ajoute cette sorte de complexe de supériorité du Japon (bien justifié dans certains domaines) qui consiste à considérer qu’ils n’ont rien à apprendre de ce qui vient de l’étranger, alors là le challenge devient intéressant. Charge à moi de montrer ce que je peux apporter et de me faire respecter pour ce que je fais. Ceci étant dit, j’ai été reçu avec toutes les formes et égards par tout le monde avec courbettes, protocole, échange de carte de visite, re-courbettes et formules de rigueur. Certains n’en pensent pas moins, à moi de les repérer et de les travailler au corps.
Une anecdote: petit moment de solitude, quand, à 8h30 du matin mon premier jour (nous avions atterri la veille au soir), jet-lag dans les pattes et encore le tournis de mon trajet en métro, on m’a poussé dans la grande salle de réunion où 80 personnes attendaient…que je me présente. Je pensais que j'allais juste assister à une réunion en anynome avant des présentations officielles. Pas préparé, pas d’interprète mais pourtant pas le droit de faire une mauvaise première impression….ok, c'est parti. Deux mots de japonais, 20 d’anglais (horrible de parler à une assistance dont on sait qu’elle ne comprend pas un traitre mot de ce que l’on dit) et une courbette plus tard, j‘abrège le supplice et leur annonce que je passerai voir tout le monde dans la matinée avec des ‘French chocolates’. Ca, c’est un langage universel, ils ont compris. Merci le duty free de Charles de Gaulle, là j'ai marqué des points.
Autre cliché qui semble se confirmer, c’est le respect de la hiérarchie. Dans les réunions, le "seating order" est extrêmement important et vraiment respecté. Le plus haut gradé se place en bout de table et cela va decrescendo. Quand il s’agit de réagir après une présentation, le ‘speaking order’ se déroule en sens inverse en sachant que le chef a toujours raison à la fin ! Rigolo de voir l’air contrit et soumis, tête baissée de certains quand le chef dit ‘blanc’ quand eux ont dit ‘noir’ 3 minutes avant. Cependant, en réalité, ce n’est pas aussi simple que cela et certaines personnalités s’expriment plus que d’autres et exercent une influence certaines en dépit de leur rang hiérarchique. Ouf, par chance, mon chef est un excellent marketer avec une grande expérience de lancement produits majeurs au Japon depuis 30 ans, il semble ne pas trop dire de bêtises et être ouvert au débat contradictoire.
